Idriss Aberkane, 29 ans, chercheur sans limites (journal ouest France 20/11/2015°

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Il a grandi dans Le Val-de-Marne, banlieue pavillonnaire du sud de Paris. A appréhendé les mathématiques grâce aux jeux vidéo. À 29 ans, ce self-made-man de la génération 3.0 est un enseignant d’un genre inhabituel. Chercheur, penseur et éditorialiste, il rend compréhensible la science. Comme ce soir sur TF1, aux côtés de Christophe Dechavanne.
Il irrite déjà son petit monde. Suscite la jalousie de ses pairs. « J’ai des ennemis », confesse-t-il, fixant ses interlocuteurs de son regard noisette grillée. « En France, seulement », ajoute-t-il, avec une moue de dépit. Idriss Aberkane a de quoi agacer. À 29 ans, il est titulaire de trois doctorats. Et son titre est long comme le Danube : professeur à Centrale-Supélec, chercheur à Polytechnique, chercheur affilié à Stanford (États Unis) et ambassadeur de l’Unitwin (un réseau d’universités, sous le patronage de l’Unesco), section « systèmes complexes ». Le jeune homme est une tête. Une tête bien faite. Il agace surtout ses confrères parce qu’avec lui, les maths, la science, le cerveau, sont des sujets compréhensibles par le plus grand nombre. On lui reproche des présentations trop simples. « Nous sommes complexés de la pédagogie », répond l’intéressé. Aux États-Unis, où il passe beaucoup de son temps, le chercheur ne reçoit pas le même accueil. « Là-bas, on dit « populariser ». Pour les Américains, des gens comme moi sont là pour aider. En France, on dit « vulgariser ». Pour certains, c’est vulgaire. » En mars dernier, cinq millions de téléspectateurs ont découvert le joli minois du neuroscientifique sur TF1. Idriss Aberkane décryptait les performances de candidats aux facultés hors normes, dans Les Extra-ordinaires, un divertissement produit par Endemol France et présenté par Christophe Dechavanne, avec Marine Lorphelin, Miss France 2013. « Le flux de connaissance est proportionnel à l’attention, multipliée par le temps », explique-t-il pour justifier sa participation. Le programme télé est reconduit ce vendredi soir. Sa frimousse a fait la Une de l’hebdomadaire Le Point le 30 octobre 2014, sous le titre : « Comment développer son intelligence ». Idriss Aberkane présentait neuf méthodes pour muscler son cerveau. Depuis, le penseur partage, tous les quinze jours dans le magazine, ses analyses de l’actualité. Tout petit, il a abordé les mathématiques par le prisme des jeux vidéo. « J’ai découvert les consoles Nintendo et PlayStation à l’école. Nous y avions accès dans des temps de loisirs. » Il développera plus tard la thèse selon laquelle « le jeu peut permettre une approche des maths différente ». L’enseignant a grandi avec son frère aîné Selim dans le Val de Marne, banlieue pavillonnaire au sud de Paris. Leurs parents y sont instituteurs maîtres formateurs à l’IUFM. « Ils m’ont toujours encouragé. J’ai aimé l’école dès le départ. Hier comme aujourd’hui, je me nourris d’un buffet de connaissances, à volonté. » Ce musulman soufi a rejoint un lycée catholique puis l’université d’Orsay, à Paris.
« Une nouvelle Renaissance »
« La connaissance, c’est comme la connerie : elle est infinie. » Le jeune homme a le sens de la formule. « Partager une somme d’argent, c’est la diviser ; partager une information, c’est la multiplier », dit-il encore. Rafraîchissant. Ce jour-là, il intervient devant des dirigeants adhérents de l’Association progrès du management (APM). Ils sont une vingtaine, à se retrouver près de Rennes, pour une journée de formation. Debout devant un grand écran, l’orateur use d’images et de mots intelligibles. Pas de verbiage. Le discours n’est ni creux, ni spécieux. L’expert montre que, 500 ans après, nous assistons à « notre nouvelle Renaissance ». Après l’imprimerie, le monde change davantage encore, avec Internet. Après la découverte des Amériques, la tête est tournée vers l’espace et les étoiles. « L’avenir économique mondial appartiendra à ceux qui sauront faire circuler la connaissance à la fois beaucoup mieux et beaucoup plus vite », professe-t-il, défendant un nouvel Eldorado : une économie de la connaissance. Le jeune homme impressionne. « J’ai le double de son âge et je peux vous dire qu’il a les pieds sur terre, observe René Hamard, directeur d’une entreprise spécialisée dans la construction métallique, entre Rennes et Fougères. La réflexion collective est la condition de la réussite. Avec les cadres de mon entreprise, tous ingénieurs, nous nous penchons ensemble sur l’avenir de l’entreprise. » Régis Le Roux, à la tête d’une société développant des équipements dans le secteur de la télé numérique, à Cesson-Sévigné, partage l’analyse du penseur : « Nous ne sommes qu’au balbutiement des inventions. Des révolutions arrivent dans le domaine de la biotechnologie, du biomédical. C’est enthousiasmant, non ? » L’agenda d’Idriss est vissé à la minute. Hier à Shanghai et Istanbul, demain à Johannesburg et San Francisco. Sur terre comme dans les avions, il a en tête des héros, Francisco Javier Varela, neurobiologiste et philosophe chilien, le polymathe (érudit) irlandais Richard Francis Burton, le mythique patron d’Apple, Steve Jobs… Des héros et des révolutions.

Publié le 20 Novembre 2015
Angélique CLÉRET. Photo : Philippe RENAULT.

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