Google : plongée dans la machine à censurer

“La vérité est comme un lion. Tu n’as pas besoin de la défendre, libère-là et elle se défendra toute seule”. Cette superbe citation de Saint-Augustin a plus de 1600 ans et pourtant elle s’est retrouvée impeccablement illustrée quand la très controversée multinationale Alphabet, c’est-à-dire Google et YouTube, a décidé de censurer ma réfutation des 18 plus gros mensonges propagés contre Didier Raoulot. À noter que non content de la censurer, d’obscurs blogueurs qui se prétendaient pompeusement “cheker” ont en plus tenté de la réfuter en produisant un pseudo fact-checking.
Un mois de travail acharné détruit, comme l’a parfaitement compris la chaîne H5 Motivation et ses millions d’abonnés, par les meilleures méthodes staliniennes, c’est-à-dire en effaçant directement des photographies historiques. C’est une censure brutale sans aucune défense possible.
Ensuite, il faut détourner l’attention en vous traitant de tous les noms imaginables. Le nom à la mode, c’est “complotiste”, mais la mode change si vite. Du temps de Staline, c’était bourgeois par exemple.

Or, dans la mesure où je ne suis pas un des nombreux millionnaires COVID et télé-toubibs qui ont gagné de l’argent durant la crise, j’en ai même beaucoup perdu pour prendre les positions que je prends, je ne peux pas laisser passer le vandalisme brutal de Google sur mon travail acharné. Le problème, c’est que je ne fais pas de placement de produits non plus, parce que je ne recommande jamais ce que je n’utilisais pas déjà avant de recevoir une demande de pub. Donc autant vous dire que faire de la pub pour des jeux vidéo en pay-to-win, c’est mort pour moi. Je pourrais vous en faire pour un VPN mais bon, Nord VPN pour moi, c’est de la grosse daube, et Ghost VPN, c’est hors de question que je vous en fasse la moindre pub.

Cela dit, puisqu’on parle de VPN, vous savez qu’en Chine c’est déjà tout à fait impossible d’avoir une vie normale sur internet sans en être équipé. Il y a donc le Grand Firewall de Chine, en référence à la Grande Muraille. Et si vous pensez que ça ne pourrait pas arriver en Europe, prenez le temps d’y songer encore. Parce que l’université de Stanford nous rappelle que dès 2011, des discussions ont eu lieu à Bruxelles sur ce thème. Je cite : “Il nous faudrait la même chose ici”.

Et une étude de l’Union européenne intitulée “Nouveaux développements dans les services digitaux en 2020” a clairement conclu : “Nous voulons la même chose qu’en Chine”. Lorsque j’enseignais à Centrale Supélec où les étudiants faisaient un échange avec la République populaire de Chine, j’avais monté une petite explication de toute cette fine contreculture qui était déjà née à l’époque pour contourner la censure. A l’époque, elle tournait par exemple autour d’un animal mythique, le cheval d’herbe et de boue, qui se dit en mandarin “Ciao ni ma”, qui veut donc dire aussi si on change à peine les accents, “aies une relation intime avec ta génitrice” (cf Google trad vocal).

Donc poser des images du mythique cheval d’herbe, c’était signaler que l’on était un membre de la contre culture qui s’opposait à la censure brutale et impitoyable du parti communiste chinois. Les agents du parti étaient appelés des crabes, par exemple, et ces échanges d’images permettaient de contourner un peu leur terrorisme intellectuel. Évidemment, depuis, le parti a mis en place le crédit social, la censure généralisée, voire les disparitions surprises, avec Jack Ma notamment, le patron d’Alibaba. Et la contre culture chinoise a dû gagner en finesse, en organisation et en techniques de résistance en général.

Mais la Chine, c’est si loin, me direz vous ? Peut être, mais en Occident, on a déjà le grand Google qui cherche à être plus proche de nous que notre veine jugulaire. Et pour des raisons tout aussi louables, vous l’imaginez bien. Google s’est rebaptisé Alphabet en partie à cause de ses nombreux scandales civils et criminels, et ce malgré son privilège immense et unique de pouvoir réduire, voire retirer l’impact de ses propres condamnations sur son moteur de recherche. Oui, j’ai bien dit criminel. Et pour vous en donner un aperçu, en 2010, le parquet de Milan condamnait 3 très hauts cadres de Google, ce qu’on appelle dans le jargon des “SI Level”, avec notamment leur directeur financier Georges Reyes, à six mois de prison ferme pour violation de la vie privée. Et ça ne s’invente pas. Face à la condamnation notamment de David Drummond, le président de Google Italia à l’époque, la firme a déclaré qu’elle était outragée de cette décision de justice qui menaçait la liberté sur Internet. Alors évidemment, l’influence du grand “G” a permis d’obtenir un appel favorable en Italie. Il faut le souligner, les trois cadres de Google n’ont jamais fait de prison. Mais puisque la firme flippante Alphabet prétend décider si j’ai oui ou non le droit de diffuser des vérités simples et vérifiables sur le professeur Raoult, je me suis dit que j’allais utiliser mon autre droit, celui de regarder un peu si Alphabet ou Google avaient la moindre leçon à nous donner.

C’est donc parti ! Si Google donne des leçons au monde entier, au départ, cette multinationale en position de monopole total ne serait-elle pas dès fois une bonne grosse entreprise voyou ?

 

Les condamnations de Google
 

Alors oui, le CV de Google fait bien froid dans le dos, c’est vrai. Mais pour détendre l’atmosphère, commençons avec les condamnations amusantes, les faits minuscules, juste pour le fun.

Il y a une petite amende de 7 657 $ très exactement pour la filiale Doubleclick. Et ça, c’est pour une violation du droit du travail. Autre amende ridicule mais rigolote, 40  000 $ en 2009 pour la marque Google cette fois. Et c’est pour violation des normes environnementales.

Mais tout cela n’est q’un échauffement. Passons aux choses sérieuses. Dès 2002, la filiale Doubleclick s’était ramassée un petit 450  000 $ d’amende pour violation de la vie privée. Les problèmes de violation de la vie privée, quand ça ne fait pas tomber une condamnation italienne à de la prison, ça va devenir une superbe marque de fabrique de la multinationale Google. C’est à se demander si le seul super-pouvoir que fonctionne en ce monde n’est pas tout simplement celui d’être riche. Mais vous allez en juger par vous-même.

22,5 millions de dollars en 2012, 17 millions en 2013, puis 7 millions encore et toujours pour violation de la vie privée. Mais pour Google, ça, c’est de la petite monnaie. Une autre condamnation intervient pour 34 millions cette fois, destinée à Google et YouTube en 2019, toujours pour violation de la vie privée. Et comme Google semble être indifférent à la violation de la vie privée, ce n’est pas une condamnation sur le même thème qui va les arrêter puisque toujours en 2019, c’est 170 millions de dollars qui viennent s’ajouter aux autres amendes, pour les mêmes chefs d’accusation. Pour ne pas perdre la main dans le domaine. Google s’en reprend une petite nouvelle en 2021 pour 7,5 millions de dollars. Alors il faut savoir qu’aux Etats-Unis, il y a la loi des “3 prises” ou “Three Strikes Law”, qui dispose de ce que si un individu se fait serrer trois fois pour un crime, voire pour un délit, il s’expose cash à de la perpétuité. C’est aussi simple que ça. Si tu voles une pizza trois fois au U.S.A, tu peux perdre ta liberté à vie si le juge le sens comme ça.

Et il faut comprendre qu’aux U.S.A, le Prisonnier a le statut légal d’esclave au regard de la loi. Donc ces trois fois égalent l’esclavage à vie. Google, cette chère société le cœur sur la main, avec ses sept condamnations pour violation de la vie privée rien que sur le sol américain, ne jouirait-elle pas d’un statut la plaçant au-dessus de la loi des trois prises ? Comment se place-t-on sur la question de la réclusion à perpétuité ?

Vous allez me dire, Google est une société et non une personne, ce n’est donc pas comparable. D’abord, les violations industrielles de la vie privée, c’est un poil plus grave que de voler une pizza. Mais ensuite, toujours aux Etats-Unis, les multinationales exigent d’être traitées comme des personnes physiques, du moins quand ça les arrange, comme au hasard, pour bénéficier de la protection du 14ᵉ amendement, par exemple, qui garantit l’égalité devant la loi.

C’est donc assez amusant de constater que, d’une part, les sociétés comme Google pleurent pour recevoir une garantie absolue d’égalité devant la loi, mais que d’autre part, la loi des trois prises ne les atteint pas alors qu’elle envoie volontiers des SDF à perpète. Enfin, si je vous disais que Google était déjà nationalisée pour les coups tordus mais pas pour l’argent, que me diriez-vous ?

Je voudrais notamment souligner ses condamnations, à deux reprises, en 2018 et 2021, pour violation des règles de financement des campagnes politiques – oui car il faut garder un peu de cash pour s’acheter un décideur public, ça reste la base. Mais les amendes sont trop petites pour nous intéresser, respectivement 217  000 $ et 423  659 $ très exactement pour avoir acheté des politiciens.

Oui, pour Google ce n’est rien, mais pour une personne physique, j’en suis moins sûr. Alors, spécialité de Google aussi, les violations du droit du travail. Première remarque, aux U.S.A pourtant, il faut se lever tôt pour violer le droit du travail. Mais comme Google ne dort jamais, alors ça vous donne un total de six condamnations. Donc, mathématiquement, deux perpétuité pour un simple citoyen avec notamment trois condamnations rien qu’en 2017, 1  286  250 $ puis 4  750  000 $, puis encore 5  500  000 $. Et tout cela n’est rien face à la condamnation s’élevant à 103 750  000 $ en 2015, toujours pour violation du droit du travail. Donc la firme n’en était vraiment qu’à son coup d’essai.

Petit détail, quelques discriminations à l’embauche, avec une amende de11 millions de dollars en 2019 et un peu moins de 4 millions en 2020. Mais une dernière chose, l’amende record sur le sol américain, c’est quand même un demi milliard pour Google. Accrochez-vous bien, car le motif de cette condamnation pourrait vous faire bondir.

C’est pour marketing pharmaceutique illégal que Google a été sanctionné à hauteur d’un demi milliard de dollars. Et c’est pourtant cette multinationale qui veut fixer ce dont vous pouvez librement parler en matière scientifique ? C’en est presque tordant, vous ne trouvez pas ? J’insiste également sur le fait que ces condamnations ont toutes eu lieu chez l’oncle Sam, donc en terrain favorable. Hors du territoire US, c’est une autre limonade. Question amende, vous allez pouvoir en juger par vous même. Par exemple 2,4 milliards d’euros pour pratiques anticoncurrentielles en 2017. Ils ont fait appel, mais en 2021, la peine a été re-confirmée. 4 340 000 000 d’euros pour abus de position dominante en 2018. En 2019, toujours pour le même motif, 1,49 milliard d’euros d’amende supplémentaire. Et enfin, un petit demi milliard en 2021 pour négociation déloyale des droits voisins des droits d’auteur.

Tout ça pour vous dire que quand Google ne viole pas la vie privée en série, quand Google ne parvient pas à dégommer le droit du travail pourtant quasi-inexistant aux US, quand Google ne se prend pas une amende d’un milliard pour fraude fiscale – Al Capone est allé à Alcatraz pour moins que ça – quand Google se prend par 150 millions d’euros d’amendes de la CNIL pour invasion illégale avec leurs cookies (invasion de la vie privée donc), quand Google ne se ramasse pas un scandale mondial avec des manifestations partout sur la planète pour protester contre la culture du harcèlement sexuel qui semble s’être installée profondément chez eux (ce qui leur a coûté la modique somme de 310 millions de dollars à l’amiable), on peut se dire qu’Alphabet, Google, ne reste rien de moins qu’un monopole, un bon gros trust, un bon gros machin irrespectueux de la concurrence du même niveau que la Standard Oil des Rockfeller ou au niveau de Microsoft. Sauf que les deux ont déjà subi des procès anti-trust aux US. La Standard Oil a été démantelée et Microsoft est passé à deux doigts. Alors pourquoi pas Google ? La réponse est au chapitre suivant.

 

La CIA, la NSA et les origines sombres de Google
 

Pendant la campagne de Bill Clinton, au début des années 90, Al Gore, son vice-président qui aujourd’hui travaille pour Apple, et ce n’est pas un hasard, promeut le terme “autoroute de l’information” pour populariser l’informatique et le très jeune “World Wide Web” auprès des Américains. Mais depuis que William Hewlett et David Packard faisaient des oscilloscopes et du matériel de détection pour la marine de guerre de l’Oncle Sam, il n’y a jamais eu bien loin entre la Silicon Valley et l’industrie de l’attaque, pardon, de la défense. Le premier grand ouvrage de Zbigniew Brzeziński, contemporain de l’âge d’or de la Silicon Valley, s’appelait “La révolution technétronique”.

Et dans cette ère, il fallait que les Etats-Unis aient, selon les termes techniques, la dominance sur tout le spectre, full spectrum dominance en anglais, c’est-à-dire contrôler les puces de logiciels, les machines, les méthodes, les standards et l’information en générale. Tout cela autour du contrôle des moyens d’échanges, bien sûr. Ces autoroutes de l’information à base de câbles coaxiaux en cuivre puis de fibre optique, devaient impérativement être contrôlé. Les Etats-Unis doivent régner sur la majorité absolue des données, des informations et des connaissances du monde. Donc il faut que les requêtes passent par eux. C’est stratégique, bien entendu. Arrive alors Google, dont le nom signifie dix puissance 100 (10^100). Et c’est ça l’idée. La firme veut pouvoir contrôler cette quantité de données et de requêtes par jour. Alors certes, on en est encore bien loin, même si on assume une croissance de 35% de Google, jamais Google n’arrivera à indexer un googol (10^100) de pages Web avant, littéralement le 27ᵉ siècle. Mais l’ambition est là et là ou il y a de l’ambition, il y a des fonds d’investissements du Pentagone comme du temps de Hewlett-Packard, comme du temps d’IBM qui a régné sur les données de la guerre au Vietnam, et comme donc du temps de Google qui trempe avec la CIA et la NSA, non pas par opportunisme tardif, mais en fait depuis le début de son existence.

Car comprenez bien que gouverner, c’est prévoir. Et les requêtes que vous saisissez sur Google sont infiniment précieuses en matière de renseignement. Or, non seulement Google les conserve à vie, ou devrais-je dire, à mort, puisqu’elles persistent au delà de votre mort, mais ces données sont exploitées en conséquence, et Google les transfert naturellement à la National Security Agency, la plus grosse organisation de surveillance des populations au monde comme le permet le USA Freedom Act, anciennement Patriot Act, qui est passé après le 11 septembre, et qui autorise une grande souplesse en matière de droits humains à quiconque est soupçonné de préparer quelque chose de vilain. On peut donc, d’un point de vue éditorial, poser la question descriptive, ou plutôt même l’affirmation suivante : comment la CIA a fait Google ?

En 2013, Microsoft a démontré comment Google scannait vos emails, sous Gmail, pour vous envoyer des publicités ciblées. Rappelez-vous, si c’est gratuit, c’est que le produit, c’est vous. Ce qui est valable aussi bien pour Google qui revend vos données que pour Wikipédia qui s’accapare de vos esprits pour y poser son récit et sa version des faits.

L’année 2013 sera terrible pour Google car c’est aussi l’année des révélations d’Edward Snowden, reprises dans le Washington Post, qui démontrent que la NSA a activement espionné les utilisateurs de Google. En violation patente de l’article 12 de la Déclaration universelle des droits humains, tout de même.

Je vous relis cet article, car rien qu’en le lisant, on peut observer à quel point Google, comme Wikipédia, auront pu violer ce sacro-saint article 12 sans aucune vergogne.

Article 12 de la Déclaration universelle des droits humains : “Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance”. Ça, c’est pour Google. “Ni d’atteinte à son honneur et à sa réputation”. Ça, c’est pour Wikipédia. “Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes”.

Wikipédia se torche bien entendu allègrement avec cet article. Ce n’est pas seulement que Google peut vous ficher de la façon la plus violente qui soit, inscrivant chacun de vos désirs, chacune de vos maladies pour lesquelles vous avez saisi un mot clé sur Internet en vue notamment d’en revendre les données à des assureurs, par exemple. Google aurait aussi espionné ses propres employés avant de les licencier, selon le Bureau du travail des Etats-Unis.

Mais revenons à l’espionnage de qualité militaire. Si Google a déclaré en 2013 n’avoir jamais donné la permission à la NSA pour ces intrusions gravissimes sur ses utilisateurs, permission non nécessaire au regard du Freedom Act d’ailleurs -et techniquement inutile si vous possédez des portes-arrières ou backdoors dont Snowden a aussi révélé l’existence – Google a aussi admis travailler avec le Pentagone pour analyser des images de drones et s’est vu déclarer cessation de cet étrange partenariat en 2018, toujours dans le contexte des crimes de guerre commis par les systèmes sans pilote en matière d’intégrité.

L’affaire de la fuite des données personnelles du réseau social défunt Google Plus est aussi un cas d’école. Selon le Wall Street Journal, quand l’intimité de 500  000 comptes a été compromise à la suite d’une faille sur le réseau entre 2015 et 2018. Google a tout fait pour le dissimuler. Des erreurs de ce type sont nombreuses, bien que Google fasse tout pour les étouffer. En 2020, par exemple, la firme a renvoyé par inadvertance, au lieu de photos de profil, des données personnelles d’utilisateurs. En 2019, on avait pu l’obersver avec 170 millions de dollars d’amende. Il a été reconnu que YouTube avait violé la vie privée de milliers d’enfants américains. Quant à la confidentialité de Gmail, je vous rappelle l’un des scandales récents qui nous aura permis de savoir que “des développeurs tiers peuvent accéder à votre messagerie et lire tout ce qu’elle contient. Vous le saviez-ça ? Certes, c’est la ligne de défense de Google, les utilisateurs ont donné leur accord : quand une fenêtre vous demande si vous autorisez une application à accéder à vos données et que parmi les actions précisées, il est explicitement écrit “Lire, envoyer, supprimer et gérer vos emails”, cliquer sur “J’accepte” vous expose fatalement à ce que vos emails ne soient plus si confidentiels. Dans les faits, il s’agit d’applications validées par Google, en train de tester leurs fonctionnalités ou d’apprendre à leur IA comment réagir face aux mails de Gmail. Et si, le plus souvent les mails sont scannés par une IA, il peut arriver que des développeurs humains soient obligés d’accompagner un apprentissage, et, pour ce faire, lire directement vos mails”. Fin de la citation de rue de baguettes.

Et comprenez que là encore, on ne parle que de ce qui est légal, c’est-à-dire que le développeur d’un algorithme de publicités ciblées peut être amené à lire vos emails personnels en toute légalité. Mais en plus de ça, un espion qui agit dans la clandestinité, donc dans l’illégalité, peut le faire à très grande échelle également.

Edward Snowden a été très clair. N’utilisez pas Google. Préférez DuckDuckGo. N’utilisez certainement pas Google Chrome. Préférez l’excellent navigateur Brave. Edouard Snowden poursuit en déclarant que :”Oui, Google, Facebook et Amazon mènent de graves abus quant à notre vie privée et ces abus sont à la hauteur des proportions gargantuesques de ces industriels de la donnée personnelle”.

L’équation est simple. On ne peut pas faire confiance à Google. Pourquoi ? Parce que le scandale de la lecture des emails n’est qu’un parmi d’autres, autorisés à prospérer dans une véritable culture malsaine, loin des termes de la communication officielle de l’entreprise. Prenez le scandale Nest, par exemple. Google n’a reconnu qu’une simple erreur quand son accessoire domotique s’est révélé posséder un micro caché dont les enregistrements étaient non seulement accessibles légalement pour l’amélioration du service, toujours au terme des conditions générales d’utilisation comme pour les emails, mais à plus forte raison illégalement par des hackers. Si dans cet enfer, Apple sort réellement du lot, je dois l’avouer, parce que leurs produits sont chers, leurs marges élevées et que leur modèle d’affaires n’a jamais reposé sur l’exploitation des données personnelles – même si Apple Watch pose de sérieuses questions en ce sens à l’avenir – Tim Cook a dit directement à l’époque qu’il y avait un complexe industriel des données, en référence au terrible complexe militaro-industriel américain. Il ajoute, en ciblant clairement Google, “nos propres informations sont utilisées comme une arme contre nous, avec une efficacité militaire”. Donc comment la CIA a fait Google ? Jeff Nesbitt, ancien directeur des affaires publiques de la Fondation nationale pour la science aux Etats-Unis, le résume très simplement : “Il y a plus de 20 ans, la communauté du renseignement US a travaillé étroitement avec la Silicon Valley dans le but de traquer les citoyens dans le cyberespace. Google est au cœur de cette histoire originelle. Quelques unes des recherches qui ont mené à l’ambitieuse création de Google ont été financées et coordonnées par un groupe de recherche de la communauté du renseignement pour trouver les façons de tracer les individus en ligne”.

On ne peut donc pas être plus clair quand Jeff Nesbitt poursuit, je le cite toujours, “la communauté du renseignement espérait que les meilleurs informaticiens de la nation pourraient agréger des informations non classifiées sur les utilisateurs, les combiner avec ce qui allait devenir l’Internet actuel, créer des entreprises profitables pour soit, à la fois les besoins des consommateurs et ceux du renseignement. Ils espéraient orienter la révolution des super-ordinateurs dès le départ pour structurer ce que des millions d’humains font sur la toile. C’est cette collaboration qui a rendu la surveillance de masse publique et privée possible aujourd’hui. Ainsi, l’histoire de la création délibérée de l’Etat moderne de surveillance de masse inclut des éléments des origines surprenantes, largement ignorées de Google. Ce fut une histoire très différente de celle à laquelle le public est habitué”.

Comme vous pouvez l’imaginer, l’investigation sur les origines et les liens troubles entre Google et la NSA, la CIA et le complexe de surveillance de masse américain ont toujours été particulièrement difficiles. Parce qu’il règne un brutal terrorisme intellectuel à ce sujet. Mais même quand la plupart des médias lucratifs étaient terrorisés à l’idée de publier le résultat de leurs années de travail, un groupe de journalistes d’investigation indépendants est parvenu à transmettre son enquête en deux parties sur Medium et elle a été reprise par WikiLeaks. Le résultat est évidemment glaçant dans la première partie de leur enquête intitulée métaphoriquement “Comment Google a fait la NSA ?” – métaphoriquement parce que la NSA, créée en 1952, existait bien avant Google – mais l’auteur veut expliquer pourquoi la structure et le fonctionnement de la NSA moderne dépendent entièrement de Google, ce qui est évidemment un problème dans cette enquête.

Le journaliste Nafeez Ahmed nous révèle notamment les liens systématiques entre Google et le Pentagone, via notamment un groupe de professionnels du renseignement appelé le “Highlands Forum”. Trois paragraphes retiennent particulièrement mon attention et je dois avouer qu’ils sont tout à fait accablants : “Il n’est pas surprenant qu’en 2012, quelques mois après que la co-présidente du Highlands Forum, Regina Dugan, ait quitté la DARPA (l’agence de recherche militaire américaine) pour rejoindre Google comme cadre supérieur, le chef de la NSA, le général Keith Alexander écrivait un email au cofondateur de Google, Sergey Brin, pour discuter du partage d’informations entre la NSA et la firme. Dans ces emails, qui ont été obtenus grâce à la loi sur la liberté de l’information aux États-Unis par le journaliste d’investigation Jason Leopold, le Général Alexander décrit Google comme, ‘un membre clé de la base industrielle de défense américaine’, une position que Michelle Quaid, en quittant la DARPA pour travailler chez Google, consolidait de toute évidence.

La relation joviale entre le dirigeant de Google, Sergey Brin, et l’ancien chef de la NSA fait parfaitement sens puisque Brin était en contact avec la CIA et la NSA, qui ont participé donc au développement du moteur de recherche Google au milieu des années 90.

En juillet 2014, Quaid a donné un discours à l’armée sur la création d’une ‘cellule d’acquisition rapide’ pour améliorer les ‘cyber-capacités du Pentagone’, déclarant “Beaucoup des objectifs technologiques de l’armée pour 2025 peuvent être atteints avec des technologies commerciales en développement aujourd’hui et l’industrie est prête à ce partenariat avec l’armée’. Or, à la même époque, les médias claironnait que Google faisait tout pour prendre ses distances avec le Pentagone. Mais dans le réel, Google n’avait fait que changer de tactique.

Mais Quaid n’est pas la seule personne dans la relation entre Google et l’espionnage US. Un an après que le Google ait acheté le logiciel de cartographie satellite Keyhole directement au fonds d’investissement de la CIA In-Q-Tel en 2004 (notons qu’In-Q-Tel est aussi un des premiers investisseurs dans Facebook) le directeur de l’évaluation technique d’In-Q-Tel Rob Painter allait être embauché directement par Google aussi. Pendant qu’il travaillait pour la CIA, le travail de Painter était de repérer les perles qui pourraient aider la centrale, mais aussi l’Agence de renseignement géospatiale nationale et l’Agence de renseignement de défense. Or, l’Agence Géospatiale avait bien confirmé que le renseignement obtenu par Keyhole avait été décisif dans les opérations américaines en Irak dès le début de l’invasion en 2003.”

Alors, si vous pensez que cette consanguinité absolue entre les barbouzeries américaines et Google n’est pas assez claire, lisez encore la deuxième partie du travail des journalistes indépendants menée par Nafeez Ahmed, intitulée cette fois “Comment la CIA fait Google”. Si l’on en revient à la cartographie de guerre et les liens entre les technologies Google et la guerre abominable en Irak, il n’est donc pas étonnant que WikiLeaks ait communiqué en 2015 sur l’influence du Highlands Forum sur Google.

Les liens entre la communauté de l’espionnage et Google sont donc non seulement systémiques, mais surtout originels. C’est là dessus que je voulais insister. Comme le note dans le deuxième article d’Ahmed, ce témoignage du docteur Bhavani Thuraisingham, chercheuse en base de données, qui indique clairement que la thèse de doctorat de Sergey Brin à Stanford avait reçu de l’argent militaire, évidemment. La chercheuse témoigne donc, “le fondateur de Google était partiellement financé par ce programme de recherche en espionnage, via son directeur de thèse à Stanford, Jeffrey Ullmann, et mon collègue le docteur Price Clifton, qui ont développé le système de recherche ‘Query Flock’ pour extraire de larges quantités de données pertinentes à partir d’une grande base. Je me souviens de mes visites à Stanford avec Rick Steinheiser de la communauté du renseignement et Monsieur Sergey Brin arrivait en roller, nous donnait ses présentations et disparaissait. A notre dernière rencontre, en 1998, Brin nous présenta ce qui allait devenir Google.”

Et en effet, le programme d’origine partiellement militaire qu’Query Flock allait devenir le page rank de Google. Quant à la tradition des relevés, je me souviens juste que quand j’ai donné en 2015 une conférence devant Monsieur Astro Teller, qui était le gérant de la branche innovation extrême de Google qui s’appelait Google X à l’époque, il  était venu en relève. C’est une autre tradition, peut être aussi ancienne donc, que la tradition de la collaboration avec l’espionnage de masse et les invasions militaires donc.

Car si on n’envahit pas l’Irak avec des rovers, je vous l’accorde, on déstabilise bien tout le Moyen-Orient pour 30 ans avec la cartographie militaire de Google. Le Guardian aura accepté de parler dans un courageux article de Yasha Levine en 2018 intitulé “Google Earth, ou comment le géant technologique permet à l’État de nous espionner”. On ne pouvait pas être plus clair et c’était donc dans The Guardian.

 

Un monopole brutal dans la civilisation du récit
 

Alors pourquoi Microsoft s’est pris une monumentale affaire antitrust à la fin des années 90, a frisé le démantèlement et Bill Gates a échappé de peu à la prison ferme, alors que Google n’a que quelques amendes par ci par là aux U.S.A, et de la part de l’Union européenne en général, bien que sa maison mère, Alphabet, soit tout simplement le plus gros monopole sur Terre avec plus de 90% de parts de marché dans plus d’une centaine de pays ? Tout simplement parce que Google est devenu “too big to fail”. Google est tellement un pilier de la communauté du renseignement que l’État américain ne va pas le laisser tomber. Google est l’appareil le plus vital au monde dans la civilisation du récit. Or, contrôler le récit, c’est contrôler le monde. Le récit, c’est le point stratégique suprême devant l’argent, devant la nourriture, devant l’énergie. Si vous pouvez contrôler le récit, vous pouvez faire accepter n’importe quoi à votre population, n’importe quel président, dans n’importe quelle urgence, n’importe quelle guerre. Tout devient possible si et seulement si vous contrôlez le récit. Et c’est pour ça qu’il y a toute une logistique, toute une chaîne, toute une industrie avec ses collabos, ses petites banques et ses généraux comme Jeff Bezos ou Patrick Drahi, qui est dédié au contrôle total et sans partage du récit.

Prenez l’abominable guerre en Irak de 2003, par exemple. Selon l’université de Brown, elle a fait autour de 500  000 morts innocents, directs et indirects. Vous vous souvenez du soldat Ryan ? Le massacre présenté par Spielberg, c’est 2 400 morts américains au total, donc moins de 0,5% des morts de civils, pas de militaires, causés par l’atroce et illégale invasion et occupation de l’Irak depuis 2003. 200 fois Omaha Beach pour des civils désarmés, des vieillards, des enfants, des mamans. Et je ne vous parle pas des conséquences. L’émergence de Daesh, la déstabilisation du Moyen-Orient pour un demi siècle, la destruction du patrimoine de la première civilisation qui a inventé l’écriture. Et oui, Irak, ça vient d’Uruk, la première métropole des Sumériens. Comment a-t-on pu, malgré toutes ces horreurs, vendre la guerre à une part lassée du peuple ? Comment a-t-on pu vendre 200 massacres d’Omaha Beach sur des civils comme un paquet de lessive ? Par le simple contrôle du récit. Je me souviens de ces jeunes faucons qui tournaient autour du groupe de réflexion de Bernard-Henri Levy pour marquer la guerre en Irak sans vergogne.

Ils s’appelaient Rudy Reichstadt ou Raphaël Glucksmann, par exemple. Et ils ne se sont jamais excusés, au grand jamais, d’avoir fait la promotion de cette guerre atroce et inutile, de ce grand gaspillage de vie civile, de culture et d’économie publique, évidemment. Mais ce n’était que des petites mains. Les généraux dans ce récit s’appelaient plutôt Colin Powell, par exemple, dont la légendaire foutaise aux Nations-Unies avec sa pseudo fiole d’anthrax aurait dû nous vacciner toutes et tous contre la société du récit. Colin Powell, d’ailleurs, est mort du COVID-19. Il avait pourtant un schéma vaccinal complet. Je parie que vous aviez beaucoup moins entendu parler de lui que des frères Bogdanoff ? C’est ça, la société du récit. Plus récemment, YouTube a censuré une vidéo du prix Nobel japonais Satoshi Omura, qui était le découvreur de l’ivermectine, vous savez l’ivermectine, dont CNN avait déclaré qu’elle n’était qu’un vermifuge pour chevaux. En violation brutale de l’article trois de la charte de Munich. Mais CNN est une marque de la Warner et comme Barack Obama l’avait dit lui même, “je suis content que sortent une série Netflix où des gens se feront passer pour des journalistes à CNN parce que d’habitude, les seuls à se faire passer pour des journalistes à CNN, ce sont les journalistes de CNN.”

Dans la civilisation du récit, comme dans 1984, il y a un ministère de la Vérité et un ministère de la Mémoire qui garde tout sur vous. Bien entendu, il y a la novlangue. Et oui, le contrôle de la langue est devenu une tentation de Google qui a par exemple suffisamment intimidé les autorités compétentes en Suède pour les empêcher d’ajouter le nouveau mot “ungoogleable” au dictionnaire de leur langue. Si Google peut faire ça, la Suède, pays le plus impeccable au monde en matière de liberté de la presse, imaginez seulement ce qu’il peut faire au reste de la planète. Le monopole de Google, c’est aussi ces villes Google que la firme a tenté de créer, comme Facebook d’ailleurs, dans le but de recueillir des données sur la totalité des actions humaines du lever au coucher et peut être avec les bandeaux de stimulation magnétique transcrânienne, bientôt aussi pendant votre sommeil, pourquoi pas après tout ? Imaginez juste une seconde les conséquences d’un monde où il faudrait avoir une puce dans l’épaule, dans le crâne ou ailleurs, et Google n’a pas été tout simplement démantelé.

Mais pourquoi les Américains ne démantèlent pas Google, alors ? Peut être parce que, même si la charmante multinationale multirécidiviste a longtemps prétendu que sa devise managériale était Don’t be evil, littéralement, “Ne soyez pas des méchant”. Ça, c’est le récit, vous l’avez compris. Dans le réel, c’est plutôt comme l’avait dit Franklin Roosevelt du sanglant dictateur Anastasio Somoza “Oui, Somoza est un fils de **** mais c’est notre fils de ****.

Retenez enfin que la liberté est le seul sujet politique. Rien n’est plus précieux. Rien n’est plus fondateur dans l’identité et dans le destin de l’humanité que la liberté. L’asservissement, c’est la mort avant la mort. Or, de nos jours, les chaînes ne se mettent plus aux pieds. Elles se mettent directement dans le cerveau par le terrorisme intellectuel, par l’intimidation, le contrôle total et en réalité totalitaire du récit, qui est une arme de domination massive. Et ce n’est pas un hasard si on retrouve les mêmes petites mains qui nous ont vendu la guerre en Irak, aujourd’hui, pour nous vendre les nouveaux récits du pouvoir.

Donc nous méritons bien d’avoir démontré sans appel et ensemble cette conclusion. Google est elle une entreprise voyou ? Oui, sans le moindre doute. Corollaire logique de cette conclusion, Google peut-elle légitimement censurer la vérité et donner des leçons de déontologie et de bonne conduite ? Non, bien évidemment. Si Alphabet (Google) était un humain, il purgerait plusieurs condamnations à perpétuité d’affilée pour ses nombreuses et graves récidives, face à la règle des trois prises. Mais c’est lui qui censure les vidéos. Réfléchissez à ça.

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